Parce que je le vaux bien

brouillon, travail

Article de Marie-Pierre Bardou

Je suis l’auteur de 17 romans (dont une saga historique de huit tomes) et deux guides pratiques relatifs à l'écriture, publiés depuis 2012 aux Éditions Hélène Jacob. Parallèlement, je suis rédactrice, correctrice et écrivain public depuis 2011, ainsi que formatrice et coach en écriture depuis 2021.

Catégorie "Coulisses d'écriture"

07 Sep 2026

Si vous vous souvenez de la célèbre publicité « Parce que je le vaux bien », c’est que vous n’êtes probablement plus dans la première jeunesse. Rassurez-vous, je ne vous imagine pas encore déambuler à vitesse réglementaire dans les couloirs d’un EHPAD ! Disons simplement que nous appartenons à une génération qui a connu les publicités avant YouTube… cool

Mais quel rapport avec l’écriture ? J’y viens, j’y viens !

Dans un précédent article, je vous annonçais le report de la publication de ma trilogie *La Sentinelle*. La raison est simple : le travail éditorial a mis en lumière plusieurs incohérences structurelles suffisamment importantes pour fragiliser la crédibilité de l’histoire.

Autrement dit : il y avait du boulot. Beaucoup de boulot !

Dans n’importe quel métier, il existe un moment où l’on cesse de fonctionner à l’instinct, pour commencer à maîtriser réellement son art. Un peu comme le passage à l’âge adulte : on croit être arrivé, puis la vie nous explique avec beaucoup – ou pas ! – de pédagogie qu’il reste encore quelques leçons à assimiler…

J’aurais pu penser qu’après dix-sept romans publiés, cette étape était derrière moi. Manifestement, non ! surprised

Soyons honnêtes : cette situation est entièrement de mon fait. La vingtaine de personnes qui a lu la trilogie avant cette phase de révision n’a relevé aucun problème majeur. Toutes se sont laissées porter par l’histoire et ont apprécié leur lecture, ce qui est plutôt rassurant.

Mais raconter une histoire captivante ne suffit pas toujours.

Je me suis lancée avec enthousiasme dans un genre que je ne connaissais, jusque-là, qu’en tant que lectrice : la dystopie réaliste. Et j’ai sous-estimé certaines contraintes propres à ce type de récit. Quand on écrit de la fantasy, un détail peut – parfois – être justifié par la magie. Quand on écrit une dystopie réaliste, chaque élément doit résister à un examen beaucoup plus rigoureux.

Mes relecteurs n’étaient pas spécialistes du genre. Mes futurs lecteurs, eux, le seront probablement davantage. Et c’est à moi de faire en sorte que mon histoire tienne debout sous tous les angles !

C’est là que je reviens à ma vieille publicité. Mais oui, il y avait bien un lien ! tongue-out

Parce que, même si c’est frustrant de retourner travailler sur un manuscrit que l’on croyait terminé, c’est aussi la seule manière de lui donner toutes ses chances. La facilité consisterait à fermer les yeux et à publier malgré tout. Le professionnalisme consiste à accepter de remettre l’ouvrage sur le métier quand c’est nécessaire… Et puis, de toute façon, mon éditrice est bien trop exigeante pour accepter un tel compromis !

J’ai passé des mois à construire cet univers. J’y ai investi énormément de temps, d’énergie et d’émotions. J’y ai laissé quelques morceaux de sommeil aussi, mais c’est un autre sujet.

Alors oui, il faut reprendre certains aspects en profondeur. Oui, cela repousse la publication. Oui, c’est parfois décourageant !

Mais au bout du compte, une seule chose compte : offrir aux lecteurs le meilleur roman possible. Et, pour cette raison très simple, La Sentinelle le vaut bien.

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